"Identités lesbiennes: en finir avec les idées reçues" ~ Stéphanie Arc, écrivaine ~ Interview réalisée par Lavinia Capogna (2026)
"Identités lesbiennes : en finir avec les idées reçues" ~ Stéphanie Arc, écrivaine
Interview réalisée par Lavinia Capogna
(2026)
Stéphanie Arc est une talentueuse écrivaine, journaliste française et militante pour les droits LGBTQIA + et les droits humains, contre les discriminations. Âgée de 49 ans, elle est née à Cholet, une ville du département du Maine-et-Loire (qui fait partie de la région Pays de la Loire), puis a déménagé à Paris où elle a fréquenté l’université de la Sorbonne et obtenu un diplôme en philosophie morale et politique. Militante au sein de l’association SOS Homophobie, elle a fait partie de la commission lesbophobie de 2005 à 2016, et occupé le poste de vice-présidente en 2008-2009.
Stéphanie Arc est mariée à Erika Fülöp, professeure de littérature à l’université de Toulouse.
En 2020, elle a publié chez Rivages un beau roman imprévisible et plein d’humour, "Quitter Paris", a édité un recueil d'interviews avec des philosophes français "Comment je suis devenu philosophe" (2008), travaillé comme journaliste dans des magazines prestigieux tels que CNRS le Journal (Centre national de recherche scientifique), Arts Magazine, Première et d’autres.
En 2024, elle a fait paraître une nouvelle version de son essai "Identités lesbiennes: en finir avec les idées reçues",
initialement publié en 2006 sous le titre "Les Lesbiennes", tous deux dans la collection « Idées reçues » aux éditions du Cavalier bleu.
Cet ouvrage, rédigé dans un langage clair et fluide, mais très approfondi dans ses analyses sociologiques, est, à mon avis, le meilleur texte actuel sur la « situation » des lesbiennes.
Il énumère et analyse les stéréotypes en France (et en Italie) selon lesquels: "les lesbiennes sont facilement reconnaissables" ; "faire l’amour entre femmes, ce n’est pas une véritable sexualité" ; "ce sont des garçons manqués", "elles n’ont pas encore rencontré le bon mec"… et approfondit d’autres thèmes essentiels tels que la cohabitation, le mariage, les maternités lesbiennes, etc.
Ces livres passent en revue la littérature (George Sand, Colette, René Vivien, Simone de Beauvoir, Violette Leduc, Wendy Delorme, etc.), le cinéma, la psychanalyse (Freud, Lacan), le féminisme des années 70, les images de la mode, la pornographie, les statistiques, Internet, le mariage, la question fondamentale des enfants.
La France est juridiquement plus avancée que l’Italie en matière de droits LGBTQIA+ : en 1999, le pacte civil de solidarité (PACS), une forme de cohabitation officielle (les unions civiles, loi Cirinnà, en Italie seulement en 2016), a été voté, bien qu’après de nombreuses controverses ; en 2013, le mariage pour tous (qui n’existe toujours pas en Italie); en 2004, l’Assemblée nationale a également approuvé l’extension d’une loi contre les discriminations, rendant illégales les propos homophobes (en 2021, en Italie, le projet de loi DDL Zan n’a pas été approuvé au Sénat italien après avoir été voté au Parlement).
Enfin, en France, depuis 2021, la procréation médicalement assistée (PMA) est accessible légalement aux lesbiennes et aux femmes célibataires (en Italie, elle leur est jusqu’à présent interdite).
Lavinia
Bien que, comme nous l’avons vu, la France soit plus avancée juridiquement que l’Italie, la lesbophobie (mot qui n’est entré dans le vocabulaire en Italie qu’en 2008 et qui est pratiquement inconnu du grand public) y reste très répandue. Le 1er septembre 2025, Caroline Grandjean, enseignante lesbienne victime depuis deux ans de harcèlement anonyme, s’est, malheureusement, suicidée. Pourrais-tu nous parler de ce décalage entre les lois émancipatrices et la vie quotidienne dans ton pays?
Stéphanie
Le progrès des lois et celui des mentalités ne vont pas toujours pas de pair, ou plutôt parfois les lois précèdent les mentalités, comme ce fut le cas en France pour la loi abolissant la peine de mort ou autorisant l’IVG. Ainsi, avant l’adoption du Pacs, du mariage ou de la PMA en France, on se souvient des manifestations de la Manif pour tous, militant contre l’égalité des droits entre le 17 novembre 2012 et le 10 octobre 2020, avec force banderoles et slogans horribles, et des violents débats dans les médias ou à l’Assemblée nationale. En 1998, seulement 49 % des Français se déclaraient favorables au Pacs. Un score qui a ensuite progressé à propos du mariage, puisqu’en 2013, avant son adoption, 58 % des Français·es se déclaraient favorables au mariage (mais seulement 37 % à la PMA [1]). Les lois pro-égalité contribuent donc à faire évoluer les mœurs. Pour autant, une certaine partie de la société demeure hostile aux personnes LGBTQIA+ et cela malgré le fait que l’homophobie est considéré comme un délit. Comme l’a tristement montré, une nouvelle fois, le suicide de Caroline Grandjean, la lesbophobie est encore virulente en France aujourd’hui, comme partout ailleurs. Ainsi, en France, 188 cas de lesbophobie ont été rapportés en 2024 à l’association SOS Homophobie, et il ne s’agit bien sûr que d’une partie des agressions car toutes les lesbiennes stigmatisées ou agressées ne contactent pas la ligne d’écoute. Dans un témoignage sur deux, il s’agissait de rejet et d’ignorance, dans un cas sur trois d’insultes (37 %) et de menaces (20 %), et cela de la part de la famille et de l’entourage proche (19 %), dans les lieux publics (13 %) et le voisinage (10 %). Dans ce climat social délétère, 15 % des lesbiennes ayant témoigné ont rapporté souffrir de mal de vivre.
La lesbophobie ne s’exprime d’ailleurs pas seulement par des des actes de violence explicites mais aussi par des processus d’invisibilisation sociale, de négation, de silenciation des relations amoureuses entre femmes qui est l’une de ses spécificités principales (par rapport à la gayphobie).
Reste que la France est en 15e position sur les 49 pays d’Europe classés par l’ILGA [2] en termes de droits humains des personnes LGBTQIA+ et que l’on peut, en tant que femmes et lesbiennes, y vivre relativement librement.
Lavinia
Comme tu le dis à juste titre dans tes livres, l’amour entre femmes ne fait de mal à personne et pourtant elles ont été et sont victimes de fortes discriminations (et agressions) de la part d’un certain nombre d’hommes. Pourquoi un sentiment et une sexualité qui diffèrent de ceux de la majorité dérangent-ils autant ? Y a-t-il aussi une lesbophobie de la part des femmes hétérosexuelles ainsi que par une partie des hommes?
Stéphanie
L’homosexualité entre deux femmes dérange profondément parce qu’elle subvertit les normes sociales du système hétérosexiste qui régit les sociétés occidentales (mais pas que…).
Ce système est fondé, pour le dire rapidement, sur l’idée qu’il existe deux sexes et deux seulement (hommes et femmes), deux sexualités et deux seulement, et qu’ils sont hiérachisés : hommes > femmes et hétérosexualité > homosexualité. Dans cette perpective, sexe et sexualité sont essentialisés ou naturalisés, au sens où ils sont considérés comme relevant uniquement de la biologie (bien sûr, il ne s’agit pas de nier les faits biologiques, mais d’insister sur l’idée qu’ils sont aussi construits socialement).
Les personnes homophobes et sexistes utilisent d’ailleurs généralement l’argument de la « nature » pour justifier ces inégalités. Pour les féministes matérialistes qui ont déconstruit ce système (Colette Guillaumin, Nicole-Claude Mathieu, Monique Wittig par exemple), l’hétérosexualité n’est pas seulement une orientation sexuelle
mais un système politique, au sens où elle organise les rapports sociaux de classe (d’inégalité) entre les hommes et les femmes, et, concrêtement, l’appropriation et l’exploitation du corps des femmes, notamment dans le cadre du couple hétérosexuel. Les lesbiennes en ce sens
« ne sont pas des femmes » (écrit Monique Wittig dans son célèbre article "La pensée straight" en 1980) au sens où elles échappent à l’approriation par la classe des hommes, au moins dans la sphère privée. Ce contexte explique pourquoi le lesbianisme, qui s’avère pourtant une « simple » forme d’amour et de sexualité, suscite tant de haine, de rejet… de la part des hommes (les lesbiennes leur échappent en se passant d’eux), et des femmes qui ont intégré ces normes et croient devoir les défendre parce qu’elles se sentent ébranlées dans leurs certitudes. Parce qu’il déjoue l’assujettisement des femmes, le lesbianisme représentre une menace sociale et politique pour la domination masculine.
La lesbophobie n’est malheureusement pas seulement le fait des hommes cis hétéros, loin de là: ainsi lorsque les témoignages de SOS Homophobie identifient l’agresseur·se, il s’agit d’une femme dans 18 % des cas, d’un homme dans 22 % et d’un groupe mixte dans 28 % (Rapport 2025). Une agression sur deux dans les cas de lesbophobie familiale provient d’une mère, pour 36 % de la part d’un père ou d’un beau-père… Cela étant dit, selon la dernière grande enquête CSF de l’INSERM [3], les femmes, quelle que soit leur sexualité, acceptent beaucoup mieux l’homosexualité que les hommes:
elles sont près de 70 % à considérer que
« l’homosexualité est une sexualité comme une autre » (contre 56 % des hommes) et 78 % n’auraient « pas de problème à accepter l’homosexualité de leur enfant » (66 % des hommes).
Lavinia
Le Marais était et reste le quartier gay friendly de Paris. J’ai entendu dire qu’il n’était plus comme dans les années 90 ou au debut des années 2000. Peux-tu nous parler de cette « île » au cœur de la capitale?
Stéphanie
Il est vrai que le Marais a beaucoup changé ces vingt dernières années, notamment sa partie est qui s’est gentrifiée et convertie en une concentration d’enseignes de luxe, de mode et de design. Mais il reste historiquement un quartier LGBT friendly avec de nombreux bars gays, dont certains ouverts depuis presque trente ans comme le Cox. Le seul bar lesbien qu’on y trouve encore est le Entre elles, et un peu excentrés et queer, La Mutinerie et les Aimant·es (anciennement le Bar Ouf),
le Bonjour Madame dans le 11e arrondissement ou Le Cabaret des Merveilles dans le 6e.
Personnellement, j’ai gardé une grande affection pour le Marais qui a été très important pour moi. En particulier lorsque j’ai commencé à vivre mon désir pour les femmes au début des années 2000. Je n’avais alors aucun·e ami·e LGBTQIA+, hormis ma copine et, même si j’étais très heureuse d’aimer une femme, je vivais assez mal notre isolement social, le manque de liens, de modèles lesbiens, et la lesbophobie ambiante de l’époque. Surtout que sa famille niait notre histoire et mes parents étaient eux-mêmes un peu décontenancés par mon coming out. Ma copine voulait aussi que notre histoire reste secrète, et je le vivais très mal, comme si elle avait honte de nous. À la fin des années 90, l’homosexualité féminine était encore très taboue en France. Lorsqu’elle m’a quittée un an plus tard, je me suis trouvée perdue et j’ai cherché à rencontrer d’autres lesbiennes pour pouvoir parler, me sentir moins seule. Sur Internet, il y avait très peu d’infos mais je suis tombée sur un site formidable, « Les Fées du Logis », avec un forum de discussion grâce auquel j’ai pu me faire ma première amie lesbienne. Nous nous étions donné rendez-vous au Boobsbourg, un bar lesbien du Marais, fondé et tenu par Nicole Miquel. Quelques mois plus tard, j’ai fait une rencontre aux Scandaleuses, rue des Écouffes, un bar également mythique… Je me souviens aussi que chaque année, le soir de Marche des Fiertés, on se retrouvait toujours à l’angle de la rue des Écouffes et de la rue du Roi du Sicile, avec des dizaines de femmes, assises sur le trottoir, debout, à boire des verres, à discuter et à danser, c’était génial !
C’est fondamental qu’il existe de tels lieux de sociabilités pour les lesbiennes, et cela d’autant plus que l’espace public, en particulier la nuit, n’est pas très accueillant pour les femmes.
Lavinia
Que conseillerais-tu aujourd’hui à une jeune fille qui découvre son homosexualité? Et Internet, une ressource ou un danger potentiel pour les lesbiennes?
Stéphanie
Déjà, de lire mon livre, si elle lit le français, ou en italien s'il est traduit un jour ! (rires) Je rigole, mais c’est vrai que quand j’en ai écrit la première version en 2005 (il y a vingt ans !) j’étais moi-même une jeune lesbienne et je me posais beaucoup de questions sur l’homosexualité, ou plutôt sur la manière dont les gens parlent de ce sujet, je me demandais avec un peu d’inquiétude s’ils avaient raison, si c’était vrai que « c’est la faute des parents », si c’est parce que j’étais « un garçon manqué », si c’était de naissance, etc. J’ai aussi écrit le livre pour aider d’autres femmes dans la même situation, à s’informer et à se faire leurs propres opinions, mais aussi à pouvoir se défendre, verbalement, en répondant aux homophobes. Découvrir qu’on aime une autre fille / femme est à la fois excitant, merveilleux, perturbant, cela vient souvent bousculer nos certitudes et notre vie, et celles de notre entourage. Je leur dirais aussi, en citant une phrase que m’avait écrite l’écrivain belge Hubert Nyssen, la première personne à qui j’en avais parlé : « Le désir est noble, et sa luminescence est belle pourvu qu’on ne le salisse pas. » Tout simplement de se réjouir de ce désir et de le vivre à fond, sans se préoccuper des jugements (négatifs) des autres. Mais au-delà, toutes les situations sont différentes et c’est pourquoi il est délicat d’encourager les personnes à faire leur coming out ou de leur dire quand et comment le faire, car cela peut parfois les mettre en danger. C’est donc à elles d’évaluer ces questions, si possible avec le soutien de personnes bienveillantes, alliées ou LGBTQIA+. Je lui dirais enfin de ne pas s’inquiéter, qu’on peut être très heureuse en tant que lesbienne, si bien sûr on a la chance de pouvoir vivre librement et en sécurité.
Lavinia
Les personnes âgées lesbiennes. Un sujet rarement abordé. Quelques suggestions ?
Stéphanie
Vieillir en tant que femme dans notre société n’est vraiment pas une chose facile, Beauvoir en parlait déjà. Passé un certain âge, on dirait que les femmes deviennent invisibles, insignifiantes, bonnes pour la casse, alors qu’elles sont fortes des épreuves qu’elles ont traversées, des rencontres faites et des connaissances acquises. Si le fait d’être lesbienne permet d’échapper aux normes sociales, difficile de s’opposer à l’âgisme. On compte ainsi sur les doigts de la main les role models de lesbiennes âgées (je pense aux écrivaines Judith Butler, Jeanette Winterson ou Alison Bechdel, ou à Ellen DeGeneres et Jodie Foster à l’écran, et en France à Muriel Robin ou Catherine Lara…). Selon l’association GreyPride, la communauté LGBTQIA + ignore d’ailleurs encore trop largement le champ de la vieillesse. Rendre visible les vies de nos aînées lesbiennes, en parler, les considérer, ne pas les oublier au moins, s’avère donc un enjeu important pour notre communauté. Je pense par exemple à la belle initiative de Marina Gills qui a lancé le podcast « Histoires lesbiennes » [5] au Québec.
Lavinia
Ton travail et tes nouveaux projets littéraires?
Stéphanie
Comme mon deuxième roman "Comment je n’ai pas sauvé la terre" est sorti le 4 février aux éditions Rivages, je vais ces prochaines semaines accompagner sa publication dans des festivals et en librairie. J’ai aussi repris le journalisme pour le CNRS. Et j’essaye en même temps de finir ma thèse en recherche création - littéraire, tout en donnant des cours à l’université sur la littérature documentaire. Tout cela ne me laisse malheureusement pas beaucoup de place pour attaquer le prochain roman… Écrire des livres et gagner sa vie est toujours un casse-tête et j’espère pouvoir revenir rapidement à ce que j’aime faire le plus: écrire de la littérature.
Je remercie vivement Stéphanie Arc pour l’interview qu’elle a aimablement accordée en exclusivité à l’association de Rome, Digayproject, et j’espère que cela incitera les éditeurs à faire traduire et publier ses œuvres aussi en Italie.
Contact: stephaniearc.com
(1) https://www.lemonde.fr/societe/article/2013/01/11/une-majorite-de-francais-contre-la-pma-pour-les-couples-homosexuels_1815492_3224.html
(2)
https://rainbowmap.ilga-europe.org/
(3)
https://presse.inserm.fr/premiers-resultats-de-la-grande-enquete-nationale-contexte-des-sexualites-en-france-2023/69505/
(4) https://www.greypride.fr/page/634134-qui-sommes-nous
(5)
https://marinegilis.com/podcast/
"Identità lesbiche, per farla finita con le idee preconcette"
Intervista a Stéphanie Arc, scrittrice francese
di Lavinia Capogna
Stéphanie Arc è una scrittrice e
giornalista francese di talento, attivista
per i diritti LGBTQIA+ e i diritti umani, contro le discriminazioni. Ha 49 anni, è nata a Cholet, una città nel dipartimento del Maine-et-Loire (che fa parte della regione dei Paesi della Loira), poi si è trasferita a Parigi dove ha frequentato l'Università della Sorbona e ha conseguito una laurea in filosofia morale e politica. Attivista dell'associazione SOS Homophobie, ha fatto parte della commissione lesbofobia dal 2005 al 2016 e ha ricoperto la carica di vicepresidente nel 2008-2009.
Stéphanie Arc è sposata con Erika Fülöp, docente di letteratura all'Università di Tolosa.
Nel 2020 ha pubblicato con la casa editrice Rivages un bellissimo romanzo imprevedibile e pieno di umorismo, "Quitter Paris" (Lasciare Parigi), ha curato un libro di interviste con filosofi francesi (2008) e ha lavorato come giornalista per riviste prestigiose come CNRS le Journal (Centre national de recherche scientifique), Arts Magazine, Première e altre.
Nel 2024 ha pubblicato una nuova versione del suo saggio "Identités lesbiennes: en finir avec les idées reçues" (Identità lesbiche, per finirla con le idee preconcette) già pubblicato nel 2006 con il titolo "Les Lesbiennes", entrambi nella collana "Idées reçues" delle edizioni Cavalier bleu.
Questo libro, scritto in modo chiaro, scorrevole ma molto approfondito nella sua analisi sociologica, è, a mio avviso, il miglior testo del nuovo secolo sulla "situazione" delle lesbiche.
Elenca e analizza gli stereotipi presenti in Francia (e in Italia) secondo cui "le lesbiche sarebbero facilmente riconoscibili", "fare l'amore tra donne non sarebbe una vera sessualità", "sono maschiacci", "non hanno ancora incontrato il ragazzo giusto"... Approfondisce temi essenziali come la convivenza, il matrimonio, le maternità lesbiche, ecc. passando per la letteratura (George Sand, Colette, René Vivien, Simone de Beauvoir, Violette Leduc, Wendy Delorme, ecc.), il cinema, la psicoanalisi (Freud, Lacan), il femminismo degli anni '70, le immagini della moda, la pornografia, le statistiche, Internet, il matrimonio, la questione fondamentale dei figli.
La Francia è giuridicamente più avanzata dell'Italia in materia di diritti LGBTQIA +: nel 1999 è stato approvato, sebbene dopo numerose controversie, il patto civile di solidarietà (PACS), una forma di convivenza ufficiale (le unioni civili, legge Cirinnà, in Italia solo nel 2016); nel 2013, il matrimonio per tutti (che ancora non esiste in Italia); nel 2004, l'Assemblea nazionale ha approvato anche l'estensione di una legge contro le discriminazioni, rendendo illegali le espressioni omofobe (nel 2021, in Italia, il disegno di legge DDL Zan non è stato approvato).
Infine, in Francia, dal 2021, la procreazione medicalmente assistita (PMA) è legalmente accessibile alle lesbiche e alle donne single (in Italia è vietata a loro).
Lavinia
Sebbene, come abbiamo visto, la Francia sia più avanzata dal punto di vista giuridico rispetto all'Italia, la lesbofobia (parola entrata nel vocabolario italiano solo nel 2008 e praticamente sconosciuta al grande pubblico) rimane molto diffusa. Il 1 settembre 2025 Caroline Grandjean, un'insegnante lesbica vittima da due anni di molestie anonime, si è purtroppo suicidata. Potresti parlarci di questo divario tra le leggi emancipate e la vita quotidiana nel tuo paese?
Stéphanie
Il progresso delle leggi e quello delle mentalità non vanno sempre di pari passo, o meglio, a volte le leggi precedono le mentalità, come è stato il caso in Francia per la legge che ha abolito la pena di morte o autorizzato l'aborto. Così, prima dell'adozione del PACS, del matrimonio o della PMA in Francia, ricordiamo le manifestazioni della Manif pour tous, che ha militato contro la parità dei diritti tra il 17 novembre 2012 e il 10 ottobre 2020, con striscioni e slogan orribili e violenti dibattiti nei media o all'Assemblea nazionale. Nel 1998, solo il 49% dei francesi si dichiarava favorevole al PACS. Un risultato che è poi migliorato per quanto riguarda il matrimonio, poiché nel 2013, prima della sua adozione, il 58% dei francesi si dichiarava favorevole al matrimonio (ma solo il 37% alla PMA [1]).
Le leggi a favore dell'uguaglianza contribuiscono quindi a far evolvere i costumi. Tuttavia una certa parte della società rimane ostile alle persone LGBTQIA+, nonostante l'omofobia sia considerata un reato. Come ha tristemente dimostrato, ancora una volta, il suicidio di Caroline Grandjean, la lesbofobia è ancora virulenta in Francia oggi, come ovunque. In Francia, nel 2024 sono stati segnalati all'associazione SOS Homophobie 188 casi di lesbofobia, ma si tratta ovviamente solo di una parte delle aggressioni, poiché non tutte le lesbiche stigmatizzate o aggredite contattano la linea di ascolto. In una testimonianza su due si trattava di rifiuto e ignoranza, in un caso su tre di insulti (37%) e minacce (20%), da parte della famiglia e delle persone vicine (19%), in luoghi pubblici (13%) e nel vicinato (10%).
In questo clima sociale deleterio, il 15% delle lesbiche che hanno testimoniato ha riferito di soffrire di malessere esistenziale.
La lesbofobia non si esprime solo attraverso atti di violenza esplicita, ma anche attraverso processi di invisibilizzazione sociale, negazione e silenziamento delle relazioni amorose tra donne, che è una delle sue caratteristiche principali (rispetto alla omofobia). Resta il fatto che la Francia è al 15° posto su 49 paesi europei classificati dall'ILGA (International Lesbian and Gay Association [2]) in termini di diritti umani delle persone LGBTQIA+ e che, come donne e lesbiche, possiamo viverci in relativa libertà.
Lavinia
Come giustamente affermi nei tuoi libri, l'amore tra donne non fa male a nessuno eppure esse sono state e continuano ad essere vittime di forti discriminazioni (e aggressioni) da parte di alcuni uomini. Perché un sentimento e una sessualità diversi da quelli della maggioranza disturbano così tanto? Esiste anche una lesbofobia da parte delle donne eterosessuali oltre che da una parte degli uomini?
Stéphanie
L'omosessualità tra due donne disturba profondamente perché sovverte le norme sociali del sistema eterosessista che governa le società occidentali (ma non solo...). Questo sistema si basa, per dirla in breve, sull'idea che esistano solo due sessi (uomini e donne), solo due sessualità e che questi siano gerarchizzati: uomini > donne ed eterosessualità > omosessualità. In questa prospettiva, il sesso e la sessualità sono essenzializzati o naturalizzati, nel senso che sono considerati come appartenenti esclusivamente alla biologia (ovviamente non si tratta di negare i fatti biologici, ma di insistere sull'idea che essi sono anche socialmente costruiti).
Le persone omofobe e sessiste utilizzano generalmente l'argomento della "natura" per giustificare queste disuguaglianze. Per le femministe materialiste che hanno decostruito questo sistema (Colette Guillaumin, Nicole-Claude Mathieu, Monique Wittig, ad esempio), l'eterosessualità non è soltanto un orientamento sessuale ma anche un sistema politico, nel senso che organizza i rapporti sociali di classe (disuguaglianza) tra uomini e donne e, concretamente, l'appropriazione e lo sfruttamento del corpo delle donne, in particolare nell'ambito della coppia eterosessuale. Le lesbiche in questo senso "non sono donne" (scriveva Monique Wittig nel suo famoso testo "Il pensiero eterosessuale" del 1980) nel senso che sfuggono all'appropriazione da parte della classe maschile, almeno nella sfera privata. Questo contesto spiega perché il lesbismo, che pure si rivela una "semplice" forma di amore e sessualità, susciti tanto odio, rifiuto... da parte degli uomini (le lesbiche sfuggono loro non avendo bisogno di loro) e le donne che hanno interiorizzato queste norme credono di doverle difendere perché si sentono scosse nelle loro certezze. Poiché elude la sottomissione delle donne, il lesbismo rappresenta una minaccia sociale e politica per il dominio maschile.
Purtroppo, la lesbofobia non è solo appannaggio degli uomini cisgender eterosessuali, tutt'altro: quando le testimonianze di SOS Homophobie identificano l'aggressore, si tratta di una donna nel 18% dei casi, di un uomo nel 22% e di un gruppo misto nel 28% (Rapporto 2025). Un'aggressione su due nei casi di lesbofobia familiare proviene da una madre, per il 36% da un padre o un patrigno... Detto questo, secondo l'ultima grande indagine CSF dell'Inserm [3], le donne (in Francia ndr) indipendentemente dalla loro sessualità, accettano molto meglio l'omosessualità rispetto agli uomini: quasi il 70% di loro ritiene che "l'omosessualità sia una sessualità come un'altra" (contro il 56% degli uomini) e il 78% "non avrebbe problemi ad accettare l'omosessualità del proprio figlio" (66% degli uomini).
Lavinia
Il Marais era ed è tuttora il quartiere gay friendly di Parigi. Ho sentito dire che non è più come negli anni '90 o nei primi anni 2000. Puoi parlarci di questa "isola" nel cuore della capitale?
Stéphanie
È vero che il Marais è cambiato molto negli ultimi vent'anni, in particolare la sua parte orientale, che è stata gentrificata e trasformata in un concentrato di negozi di lusso, moda e design. Ma rimane storicamente un quartiere LGBTQIA+ friendly con numerosi bar gay, alcuni dei quali aperti da quasi trent'anni come il Cox. L'unico bar lesbico che si trova ancora lì è l'Entre elles, mentre un po' più decentrati e queer sono La Mutinerie e Les Aimant·es (ex Bar Ouf), il Bonjour Madame nell'11° arrondissement o Le Cabaret des Merveilles nel 6° arrondissement.
Personalmente, ho conservato un grande affetto per il Marais, che è stato molto importante per me. Soprattutto quando ho iniziato a vivere il mio sentimento verso le donne all'inizio degli anni 2000. All'epoca non avevo amici LGBTQIA+, a parte la mia ragazza, e anche se ero molto felice di amare una donna, vivevo piuttosto male il nostro isolamento sociale, la mancanza di legami, di modelli lesbici e la lesbofobia diffusa all'epoca. Soprattutto perché la sua famiglia negava la nostra storia e anche i miei genitori erano un po' sconcertati dal mio coming out. Anche la mia ragazza voleva che la nostra storia rimanesse segreta e io la vivevo molto male, come se si vergognasse di noi. Alla fine degli anni '90, l'omosessualità femminile era ancora un tabù in Francia. Quando mi ha lasciata un anno dopo mi sono sentita persa e ho cercato di incontrare altre lesbiche per poter parlare, sentirmi meno sola. Su Internet c'erano pochissime informazioni ma mi sono imbattuta in un sito fantastico "Les Fées du Logis" con un forum di discussione grazie al quale ho potuto fare amicizia con una ragazza lesbica. Ci siamo date appuntamento al Boobsbourg, un bar lesbico nel Marais, fondato e gestito da Nicole Miquel. Qualche mese dopo, ho fatto un incontro alle Scandaleuses, in rue des Écouffes, un altro bar mitico... Ricordo anche che ogni anno, la sera del Pride, ci ritrovavamo sempre all'angolo tra rue des Écouffes e rue du Roi du Sicile, con decine di donne sedute sul marciapiede, in piedi, a brindare, chiacchierare e ballare, era fantastico!
È fondamentale che esistano luoghi di socializzazione come questi per le lesbiche, tanto più che lo spazio pubblico, soprattutto di notte, non è molto accogliente per le donne.
Lavinia
Cosa consiglieresti oggi a una ragazza che sta scoprendo la propria omosessualità? E Internet, è una risorsa o un potenziale pericolo per le lesbiche?
Stéphanie
Beh, innanzitutto di leggere il mio libro, se può leggere in francese o in italiano se verrà tradotto un giorno! (ride).
Sto scherzando, ma è vero che quando ne ho scritto la prima versione nel 2005 (vent'anni fa!) ero io stessa una giovane lesbica e mi ponevo molte domande sull'omosessualità o meglio sul modo in cui la gente ne parlava, mi chiedevo con un po' di preoccupazione se avessero ragione, se fosse vero che "è colpa dei genitori", se fosse perché ero "un maschiaccio", se fosse una cosa innata, ecc. Ho scritto il libro anche per aiutare altre donne nella stessa situazione a informarsi e a farsi una propria opinione, ma anche a difendersi verbalmente rispondendo agli omofobi. Scoprire di amare un'altra ragazza/donna è allo stesso tempo eccitante, meraviglioso, sconvolgente, spesso sovverte le nostre certezze e la nostra vita e quella di chi ci circonda. Vorrei anche dire loro, citando una frase che mi ha scritto lo scrittore belga Hubert Nyssen, la prima persona con cui ne ho parlato: "Il desiderio è nobile e la sua luminosità è bella, a patto che non lo si sporchi".
Semplicemente di gioire di questo desiderio e di viverlo appieno, senza preoccuparsi dei giudizi (negativi) degli altri. Ma al di là di questo, ogni situazione è diversa ed è per questo che è una questione delicata incoraggiare le persone a fare coming out o dir loro quando e come farlo perché a volte questo può metterle in pericolo. Spetta quindi a loro valutare queste questioni, se possibile con il sostegno di persone benevole, alleate o LGBTQIA+.
Infine, le direi di non preoccuparsi, che si può essere molto felici come lesbiche, se, naturalmente, si ha la fortuna di poter vivere liberamente e in sicurezza.
Lavinia
Le donne anziane lesbiche. Un argomento raramente affrontato. Qualche suggerimento?
Stéphanie
Invecchiare come donna nella nostra società non è davvero facile, come già sottolineava de Beauvoir. Superata una certa età, sembra che le donne diventino invisibili, insignificanti, buone solo per essere rottamate, mentre sono forti di prove superate, incontri fatti e conoscenze acquisite. Se essere lesbica permette di sfuggire alle norme sociali, è difficile opporsi all'ageismo. Si contano sulle dita di una mano i modelli di riferimento delle lesbiche anziane (penso alle scrittrici Judith Butler, Jeanette Winterson o Alison Bechdel o a Ellen DeGeneres e Jodie Foster sullo schermo e in Francia a Muriel Robin o Catherine Lara...). Secondo l'associazione GreyPride [4], la comunità LGBTQIA+ ignora ancora troppo il tema della vecchiaia. Rendere visibili le vite delle nostre anziane lesbiche, parlarne, considerarle, almeno non dimenticarle, è quindi una sfida importante per la nostra comunità. Penso ad esempio alla bella iniziativa di Marina Gills che ha lanciato il podcast "Histoires lesbiennes" (Storie lesbiche) in Québec.
Lavinia
Il tuo lavoro e i tuoi nuovi progetti letterari?
Stéphanie
Dato che il mio secondo romanzo "Comment je n'ai pas sauvé la terre" è uscito il 4 febbraio per le edizioni Rivages, nelle prossime settimane accompagnerò la sua pubblicazione nei festival e nelle librerie. Ho anche ripreso a lavorare come giornalista del CNRS. E allo stesso tempo sto cercando di finire la mia tesi in ricerca creativa letteraria, mentre tengo corsi all'università sulla letteratura documentaria. Tutto questo purtroppo non mi lascia molto tempo per dedicarmi al prossimo romanzo... Scrivere libri e guadagnarsi da vivere è sempre un rompicapo e spero di poter tornare presto a fare ciò che amo di più: fare letteratura.
Ringrazio vivamente Stéphanie Arc per l'intervista che ha gentilmente concesso in esclusiva all'Associazione di Roma "Digayproject" e spero che questo incoraggi gli editori a tradurre e pubblicare le sue opere anche in Italia.
Febbraio 2026.
Contact: stephaniearc.com
Note: (1) https://www.lemonde.fr/societe/article/2013/01/11/une-majorite-de-francais-contre-la-pma-pour-les-couples-homosexuels_1815492_3224.html
(2) https://rainbowmap.ilga-europe.org/
(3) https://presse.inserm.fr/premiers-resultats-de-la-grande-enquete-nationale-contexte-des-sexualites-en-france-2023/69505/
(4) https://www.greypride.fr/page/634134-qui-sommes-nous
(5) https://marinegilis.com/podcast/
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